Dernière mise à jour le 7 février 2021 par LMD

Ornithology est une oeuvre de l’artiste américain Juan Fontanive datant de 2013.
Il s’agit d’un petit dispositif motorisé qui fait défiler des images d’oiseaux. Ces images font penser aux gravures ou aux représentations pouvant se trouver dans des manuels d’ornithologie. Le format carré du dispositif et le défilement continu peut aussi rappeler une éphéméride et symboliser le temps qui passe. Tout cela évoque donc un projet sensible et poétique, or, à la Biennale du design de Saint-Etienne, cet objet s’est retrouvé au milieu d’une exposition traitant de sujets d’une autre gravité, posant un questionnement sur notre futur avec des thématiques telles que la surveillance, l’identité numérique, la collecte d’informations personnelles, l’espionnage aérien par des drones, etc…
Pourquoi avoir placé cette oeuvre dans cette pièce ?
Lorsqu’on se déplace au sein de l’exposition on est d’abord attiré par le bruit provoqué par le dispositif, ce qui nous oblige à lever la tête pour le découvrir. On se demande alors ce qu’il fait là, ou ce qu’il signifie. On lui cherche un sens, une utilité, une quelconque dénonciation de la société ou encore un mouvement activiste pour la protection des oiseaux. Mais il n’en est rien. Si dans un autre contexte elle aurait été simplement un appel à la contemplation emprunt d’une certaine légèreté, dans le cadre de cette biennale cette oeuvre prend un autre sens. Elle provoque un décalage avec le reste des projets proposés tout en y faisant écho. Le dialogue qui s’établit entre ces deux registres d’oeuvres me semble assez ambigu. J’ai l’impression que par sa frivolité, cette oeuvre retire toute la gravité de celles qui l’entourent. D’un côté on nous invite à porter un t-shirt qui nous permettra de nous camoufler dans l’espace public afin d’éviter toute surveillance malfaisante et d’être la marionnette d’une grande puissance mondiale et de l’autre on nous invite à lever la tête et à regarder les oiseaux en écoutant leur battement d’ailes.
Par Antoine Mauron
