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Articles sur le mémoire de macro-projet

LES OUTILS DU GRAPHISTE D’AUJOURD’HUI

Notre génération est habituée à tous les supports de création et notamment celui du numérique. La suite Adobe au début des années 80 a changé les pratiques au niveau du graphisme, démocratisant la communication et la création visuelle. Mais de nos jours on sent réapparaître l’attrait de la pratique manuelle dans les champs du graphisme.

L’ordinateur est considéré comme un outil créatif semblable aux autres, cependant avec l’avènement de cet outil et celui d’internet on a vu naître ces dernières années une certaine standardisation du graphisme mondial. Le fait main serait-il une réponse à cette uniformisation? On voit apparaître un revival des pratiques manuelles comme l’impression sérigraphique ou encore la gravure. Ce revirement de pratique pause évidemment énormément de questions à l’heure de la numérisation. 

L’apparition de nouvelles technologies a permis en quelque sorte à la pratique manuelle de se réinventer. Il faut donc prendre en compte l’importance des nouvelles techniques et les enjeux de créativité que cela représente, sans pour autant oublier la base technique du graphisme.

Et c’est donc dans ce contexte, que nous prenons conscience qu’il faut faire perdurer la tradition tout en l’harmonisant avec les évolutions techniques. 

C’est grâce à ce foisonnement entre deux pratiques que naissent les innovations les plus passionnantes. Il paraît dorénavant impératif de questionner les liens entre le fait main et les nouvelles pratiques numériques, afin de tendre vers un graphisme fort son histoire est en constante évolution.

Par Gwendoline Plumelet

Reposer la question de la vision

Promis, on se prend pas la tête.

La vision est quelque chose qui fait parti de nous, c’est, après l’ouïe, une de nos premières découvertes sensorielles. Il est donc impensable de la remettre en question, cela reviendrai à se dire qu’on nous a menti toute notre vie. Elle a construit notre vie, nos repères et contribue à matérialiser notre existence physique dans le monde et à ne pas se résumer qu’à une conscience.
Cependant d’un point de vue physique, elle ne se résume qu’à une succession de signaux électriques captés par les yeux et déchiffrés par le nerf oculaire et le cerveau; de la même façon qu’un processeur donnerait corps à un code binaire. Et comme tout code, une clé est à la source.
Le cerveau possède sa propre clé, spécifique à l’espèce humaine. La science l’a déterminée universelle et a admis que les différences de visions inter-espèces provenait du récepteur et non du décodeur.
La perception du monde et des couleurs a alors un statut universel.
Pourtant, le décodeur peut lui aussi être brouillé.
Lorsque nous ingérons de la drogue, notre perception change plus au moins. Lignes qui ondulent, ralentissement temporel, couleurs scintillantes…La liste est longue. Si, par définition, la drogue fait de nous des extra-terrestres – nous captons des éléments différents de nature anormale -, elle donne également une appréhension du monde différente de l’habituelle. Preuve qu’elle existe.
Bon ok, la drogue c’est pas bien, mais partant de ce postulat, on peut dire que une perception n’engage que celui qui la voit. Si un état, physique, n’est pas normal, en est il de même de ce qu’il en résulte?
La perception tout comme le temps est purement empirique. On admet ce que l’on voit puisqu’il est évident que ce qui se déroule devant nous, sain d’esprit, soit vrai; tout comme le temps s’écoule en ligne droite puisqu’aucun retour en arrière n’est possible. Tout cela est purement spéculatif. Des mecs comme Einstein en rirait bien.
Lorsque l’on creuse un peu, si chaque élément de notre vision n’est qu’une façon de décoder des signaux, il n’y a aucune différence entre voir un petit chaton et halluciner un petit chaton. Il suffit de partir d’un angle différent. Evidemment, le petit chaton n’est pas en réalité un énorme donut mais il se pourrait qu’il émette beaucoup plus d’informations que nous le voyons. The Radiant Human a mis au point un dôme photographique capable de capter les ondes électromagnétiques que chaque individu émet par activité neuronale et aussi ce qu’on pourrait qualifier d’âme ou d’esprit à l’intérieur de notre corps. Chaque individu possède son portrait enveloppé d’une aura spectrale qui lui est propre. Qui a dit que ce qui est invisible est irréel? Gros dunk de l’âme et de ses croyances.Aura Photography - Radiant Human

Par Florian Petit Demange

base de spectre ou spectre de base?

Ça existe parce qu’on le voit ou alors on ne voit pas tout ce qui existe?
Parce que bon c’est chaud quand même.

Efficacité lumineuse relative spectrale le jour et la nuit
Efficacité lumineuse relative spectrale le jour et la nuit

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L’oeil est un formidable outil si bien qu’avec tout notre matériel de pointe, on n’a jamais réussi à faire un truc aussi complet. On lui met la misère avec des objectifs différents qui sont chacun portés sur une caractéristique précise mais aucun système optique ne peut gérer toutes les opérations avec autant de fluidité qu’effectuent les deux billes blanches qu’on possède tous.
L’oeil comme tous les capteurs, captent des signaux électriques sous formes d’ondes que les cônes et les bâtonnets envoient aux nerfs optiques qui eux traduisent l’information pour le cerveau.
On a pas vraiment du sorbet sur la rétine, mais pour faire simple, les bâtonnets se chargent de la luminosité et les cônes de la couleur.
Pour faire encore plus simple, plus on a de sorbet plus on a de l’information.
En étudiant ces signaux électriques, on a pu déterminer quelle longueur d’onde correspondait à quelle couleur. C’est de la que vient le spectre optique. La décomposition de la lumière blanche avec le prisme. Allez on se rappelle les cours de physique de seconde avec Mr Blaise. Chaque « couleur du spectre » correspond à une longueur d’onde précise ; cependant, le spectre des lumières présentes dans la nature comprend en général l’ensemble des rayonnements, en proportion variables.
Ça a l’air dément d’être aussi bien terraformé mais en fait, c’est la que ça déconne.
Toute matière renvoie un champ électrique bien plus large que celui capté par l’oeil. Dans le lot des petits oubliés, on a les ultra-violets ou les infrarouges qu’on connait bien car on les utilise pour bronzer ou envoyer des fichiers pour les vieux de la vielle, cependant il en existe plein d’autres très utiles. Par exemple, en astrologie, les lumières spectrales (on les appelle comme ça parce qu’on ne les «voit» pas) sont à mêmes de déterminer avec précision de quel matériau est fait une forme, son passé, ses interactions etc…C’est un peu plus énervé que la premiere S mais c’est pas si éloigné des TP du mercredi matin avec les tableaux d’avancement en chimie.
L’erreur est de penser qu’elles n’existent pas car on ne les voit pas. En même temps ça semble logique. Aucun humain n’est en mesure de les discerner, et il est difficile d’imaginer quelque chose que l’on a jamais appréhendé.
Seulement d’autres espèces appréhendent les ultra-violets, ce qui explique l’obsession des insectes pour certaines fleurs et le comportement idiots des chats face à certaines situations.
Les ultra-violets comme les rayons X sont des lumières permettant de traverser les matières ou d’en relever certaines. On se rappelle forcement de sa radio du poignet cassé à 10 ans et de la fois où on a tous flippé en s’apercevant toutes les tâches que l’on a sur la peau en passant sous un spot UV. Comme quoi, on les utilise tous les jours.
Imaginons un peu le champ des possibles qui s’ouvrirait graphiquement si on possédait la capacité physique de capter ces longueurs d’ondes. Les échelles de lecture serait repensées, les superpositions également. Les révélations aussi.
S’il est impossible de les voir naturellement, il est tout à fait possible d’accessoiriser l’oeil par des lumières UV ou noires qui permettent de capter ce champ spectral. Messages cachés, double sens, complémentarités, fonctions nouvelles, la liste des futures expectatives est bien longue.
Petit soucis à prendre en compte, la vision du spectre est faussé sous UV, comme pour tout spectre imposé. Petit exemple, en vision scotopique, les cônes ne s’activent presque pas pour maximiser la prise d’information ; c’est pour cela qu’on confond les couleurs la nuit, on voit quasiment qu’en gris.
Idem pour un vision en UV, l’oeil est trompé par la synthèse additive du spectre et verra les couleurs de par le filtre bleu englobant. Une nouvelle perception ?

Par Florian PetitDemange

Personal Branding ou l’identité numérique en jeu

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Personal branding, ou l’identité numérique en jeu

L’avènement d’internet et la démultiplication des réseaux sociaux ont conduit de nombreux utilisateurs à s’intéresser à leur communication personnelle et à l’image qu’ils véhiculent sur la toile. Différents réseaux sociaux illustrent comment cette image peut être « travaillée » et mise en scène. Sur Google+ vous pouvez lister vos « plus belles réussites ». Facebook invite quant à lui à renseigner vos « événements marquants » dans sa timeline, ou à « choisir une image unique » en guise de photo de couverture. À ce sujet, certains spécialistes parlent de « personal branding » pour désigner le fait que des internautes ont recours à des pratiques similaires à celles de la publicité et du marketing pour se mettre en valeur, créer une sorte de « vitrine de soi » que l’on expose aux autres. Notre « photo de profil » étant en quelque sorte le packshot, et notre « statut » l’accroche publicitaire d’un véritable produit marketing.

Cette image virtuelle que cultive l’internaute induit nécessairement la notion de réputation numérique ou « e-réputation ». Elle correspond à ce je dis et ce que les autres perçoivent de moi. A partir du moment ou nous décidons que ce que nous voulons montrer (ou ne pas montrer) sur internet, nous seront facilement tenté par le fantasme de romancer notre vie, et cette réputation sera nécessairement subjective et fluctuante. Par ailleurs, elle pourra se déconstruire aussi rapidement qu’elle sera longue à établir et à instaurer. On peut alors se demander que raconter de soit et comment se communiquer ? Pour exister sur la toile avons-nous l’obligation d’être soit ? Comment mesurer le décalage entre la façon dont l’internaute se perçoit et ce qu’il communique de lui-même ? 

Par Héloïse Hostachy

Pale Blue Dot

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« Regardez encore ce petit point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui n’aient jamais vécu.»

Carl Sagan (1934-1996)

Pale Blue Dot: A Vision of the Human Future in Space, 1994

Quand on observe cette photographie prise par la sonde Voyageur I en 1990 nous voyons la Terre à plus de 6,4 milliards de kilomètres, un point bleu pâle , une fraction de pixel. Cette photographie nous « extraterrialise » et nous offre une vision grand angle sur notre existence.

Ce cliché agit comme un miroir pour notre planète. On ne peut que s’incliner devant l’insignifiance de cette poussière suspendue dans le vide. Certains astronautes racontent avoir vécu un véritable choc psychologique la première fois qu’ils ont pu voir la courbure de la Terre, on appelle ce phénomène l’ « Overview effect ». Les guerres, les conflits religieux, les frontières, les différents politiques s‘évanouissent au profit d’une vision fraternelle, humble et universaliste de notre espèce.

Pensez, la tout de suite, que vous êtes assis sur une chaise, dans votre maison, dans un certain pays, lui même dans un continent. Puis tout ça tient sur une énorme « sphère » de plus de 6371km de rayon, qui tourne sur elle même, et qui orbite à la vitesse de 29 0783km/s autour du soleil. Notre système solaire se trouve lui même dans notre galaxie qui comporte plus de 234 milliards d’étoiles. Mais notre galaxie n’est pas seule, elle se trouve dans un amas de galaxies au nombre d’une cinquantaine qu’on appelle le Groupe Local dont la taille atteint 10 millions d’années-lumière. Ce même amas fait partie du Superamas de la Vierge qui contient autour de 10 000 galaxies comportant une centaine d’amas de galaxies. Finalement, les astronomes pensent que l’univers visible contient entre 100 milliards et 200 milliards de galaxies.

Notre prise de recul s’arrête la, simplement car nous ne pouvons à l’heure actuelle voir plus loin car la lumière n’a pas encore eu assez temps pour parvenir sur Terre… Alors, regardez encore une fois ce pixel bleu pâle, et au final, ne sommes nous pas tous enfants de la Terre ?

Par Augusto Garcia

Le blanc, si blanc que ça ?

Depuis que les hommes ont commencé à écrire, ils ont été confrontés à une surface vierge dans laquelle ils venaient y inscrire leurs mythes, leurs transactions financières, raconter leurs batailles… De la tablette d’argile au PDF il a toujours été question de remplir d’informations là où il n’y a que du vide. L’homme et son support d’écriture ont évolué au fil du temps : porté par un soucis de lisibilité, de croyances religieuses, d’idéaux esthétiques les hommes ont donc créé des systèmes leur permettant de regrouper des informations, les magnifier, inciter à la lecture, etc. Ceci à donc laissé place a deux « entités » dans une page, le blanc et le noir.

La question du blanc dans la page dépend du contexte dans lequel il s’inscrit. On a essayé de rationaliser la page avec le choix d’une répartition entre le blanc et les textes d’une manière purement mathématique : Le Canon de division harmonieuse conçu par Villard de Honnecourt au XIIIe se base sur le nombre d’or. Ceci rendra compte que la page n’est plus perçue comme un simple contenant pour la transmission des concepts, mais elle fait désormais partie des idées elles-mêmes.

Au Moyen-Âge, les textes religieux occidentaux étaient alors inscrits par les scribes dans la page sous forme d’une ou plusieurs colonnes entourées par des marges. La marge de grand fond est bien plus grande que les autres. Elle est d’une importance symbolique : les mains des lecteurs ne devaient en aucun cas toucher les écritures sacrées lors de la lecture comme dans la B42 de Gutenberg. De façon paradoxale, les marges médiévales comportaient parfois de nombreuses annotations laissant croire que le blanc devait déranger : gloses, commentaires de texte et notes tapissent la page, laissant très peu de place au blanc tournant.

Traditionnellement (en Occident du moins), la page est donc un espace ascétique ou lisibilité et géométrie sont les mots d’ordre. Les codes mis en place au fil des siècles sont devenus la norme. Mais la page est aussi un espace aux possibilités multiples. Elle offre un format qui, dénué de tous les canons de mise en page, peut être vu comme un toile attendant d’être peinte, sans règles du jeu. On peut faire l’analogie avec la musique, le compositeur travaille avec le positif (les notes de musique) et le négatif (le silence). Sans ce dernier la musique n’aurait de sens, il ne serait qu’un enchainement de notes sans rythme, et donc sans âme. C’est ce qui donne de l’expressivité à un morceau.

Par Augusto Garcia

Quand le design graphique s’inspire de la mode

Des images aux univers colorés, des top-modèles, et de grands photographes de mode. On imagine tout à fait ce type de visuels dans les grands magazines de mode tel que Vogue. Cependant, il ne s’agit pas de mode, mais de café, de voiture, de transport ou de bricolage. Certaines grandes entreprises choisissent de s’inspirer de la mode pour leurs campagnes publicitaires. Cependant, il est difficile d’imaginer la mode associée au bricolage. Dans ce cas, quelles sont des intentions des entreprises ?

Pour Air France KLM, il s’agissait de montrer le confort associé à la compagnie aérienne. En effet, en 2014 l’entreprise française choisit de s’inspirer de la mode pour sa campagne d’affichage. Des photographies colorées présentes 12 top-modèles représentant chacune un pays. On retrouve ce même principe pour la promotion de Jasmine, le nouveau modèle de Rolls-Royce, sortit en 2016. La marque de voiture de luxe a choisi d’utiliser les codes photographiques de la mode pour sa campagne promotionnelle.

Air-France-Mexico

Rolls-Royce Wraith, Inspired by fashion

Il est, de plus, fréquent de voir l’univers graphique de la mode associé à de la boisson. Pour son calendrier 2010, la marque de café italien Lavazza choisit de mettre en scène ses produits autour de décors féminins et colorés. De plus, l’exemple des affiches publicitaires Schweppes restent inévitables. La marque a choisi de mettre en scène son produit dans un décor toujours plus surprenant.

calendrier-lavazza-2010-1

Pub-Schweppes

La mode n’est néanmoins pas toujours utilisée pour son association au luxe. Il en était un tout autre objectif pour Leroy Merlin. En effet, en 2010, l’agence de communication parisienne PéoLéo imagine un concept graphique pour cette grande distribution spécialisée. Le principe de base reposait sur quelques mots : « J’habille ma maison chez Leroy Merlin ». Les affiches présentaient des mannequins vêtues d’immenses robes réalisées à partir d’éléments de décoration et de bricolage. Les produits sont présentés comme de véritables pièces permettant de confectionner sa décoration, comme on imaginerait un vêtement.

Leroy-Merlin

Pour chacun de ses exemples, la mode reste le sujet d’inspiration principal. Ce domaine du design est le plus souvent utilisé pour son rapport au luxe, et à la féminité. Les visuels étonnent, et attisent la curiosité.

Par Anaïs Legros

En finir avec la guerre «graphisme imprimé vs numérique»

«Vers la mort du papier?» «L’écran menace l’imprimé» «Le papier contre l’électronique». Aujourd’hui, on constate que ce genre de gros titres, à force d’être répétés, non seulement entretiennent une controverse entre graphisme imprimé et numérique, mais deviennent aussi aux yeux de beaucoup, une vérité.

À ce titre, il convient de rappeler qu’au cours de l’histoire du graphisme, les innovations quelles qu’elles fussent, ont toutes été source d’enrichissement. Depuis des dizaines d’années, les apports du numériques au champs du design graphique ont été très fructueux. Il permet même au graphisme imprimé de se réinventer. Il semble donc périlleux d’envisager ces innovations technologiques comme une menace.  Il ne s’agit là que d’une culture naissante aux potentialités infinies que l’on aurait tord d’ignorer. Mais cela n’empéchera en rien l’imprimé de continuer à vivre, au même titre que la télévision n’a pas achevé la radio.

En réalité, une lutte frontale dans laquelle un support devrait être vainqueur ou dans laquelle le designer devrait choisir son camp, n’a pas lieu d’être puisque le designer graphique d’aujourd’hui travaille et vit avec son époque, autant qu’il est solidement attaché à des productions plus antérieures.

Et puisque le design graphique ne devrait plus être maladroitement divisé par champ d’application, pourquoi les formations d’écoles d’art, vivier traditionnel de l’enseignement du graphisme, font encore cette drôle de distinction?

Par Lucille Bouche

Du #je suis Paris au brand territorial : le signe et le territoire

De Baudelaire à Leos Carax, en faisant un (gros) détour par Pixar et Ratatouille, on le constate à Paris et dans les métropoles : la ville est aussi multiple en identités qu’il y a d’individus. La ville se dédouble, se divise en myriades de facettes, miroirs, reflets… autant qu’il en faut pour s’y perdre. Mais comment s’y retrouver ? Comment s’identifier à elle ? Qu’est-ce qui, lorsqu’on dit « je viens de Paris », fait que l’on est effectivement parisien ? Y a t-il une âme, une aura parisienne ? Peut-on encore se reconnaître sous un drapeau ? Un #je suis Paris ? Un écusson ? … Un logo ?

C’est bien notre problématique. L’héraldique des villes disparaît au profit de logos, du grand « brand territorial ». On ne voit plus ni blason ni écusson mais, sans nostalgie ! Il serait risible de venir aux réunions du conseil régional en affichant ses armoiries, et en effet bien incommode de persévérer à les faire apparaître en bas d’une affiche touristique, à côté des armoiries d’autres villes. Quelle cacophonie ! Non, c’est le logo qui est choisis pour représenter les villes, à juste titre puisque les besoins de communications et supports ont évolués, se sont multipliés et diversifiés. On a besoin de cette lisibilité. Or, c’est souvent un logo lissé, créé pour se différencier radicalement du voisin, dans une logique concurrentielle, qui gomme et fait table rase du passé. Il y a perdition au passage de l’aspect vernaculaire, de l’aspect signifiant, de l’histoire et du symbole. Bref, de ce qui fait de ces signes quelque chose à quoi s’identifier, à quoi s’accrocher, et qui permet de dire « je viens d’ici ». On fait face à une misère symbolique des collectivités territoriales, et quant à la recherche d’unicité ! Les logos sont tous plus disparates les uns que les autres. Car en effet il n’y a a rien de moins territorial qu’un logo, qui a vocation à se faire connaître par tous, au-delà de ses frontières, et de façon optimale, pour des raisons marchandes. En fait, il serait plus juste de rectifier : les villes ne se soucient plus de leur lisibilité, mais bien de leur visibilité. Et c’est cette sur-représentation visuelle quelque peu vérolée que je questionne. Aujourd’hui, les villes communiquent pour quoi et à qui ?

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On peut citer l’exemple de la ville de Béziers dont le maire FN a changé le logo pour retourner au blason d’origine (juxtaposé au Minion, typographie américaine, mais c’est un autre débat), dans une logique conservatrice et nationaliste.

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C’est donc un discours à manipuler avec attention. D’un côté on applique la logique marchande du logo d’entreprise à nos villes, au détriment du symbolisme du lieu et de son histoire, et au risque de reconsidérer les territoires comme des produits. De l’autre, on frôle l’hystérie nationaliste et le communautarisme (à quelques rares exceptions…

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… tous convergent en tout cas vers un mauvais goût prégnant)… En somme, on a d’un côté un repliement identitaire, de l’autre la nécessité de s’ouvrir au monde pour exister. Cette confusion des signes révèle une confusion plus profonde sur notre identité nationale et nos difficultés à se positionner, dans un contexte tendu à la fois politique (fermeture et surveillance des frontières), et économique (TAFTA, mondialisation).

La conséquence, c’est qu’on n’a plus de sentiment d’appartenance à un endroit, hormis nos souvenirs d’enfance de la maison parentale. On ne sait plus ce que veulent dire ni les blasons, ni les logos. Le seul lieu de subsistance d’une identité forte, de résistance, c’est le quartier, et ses images murales. Les jeunes tagguent leurs murs, signent leur ville, de manière répétée, pour revendiquer leur appartenance à ce lieu précis, quand ils sont souvent issus de cultures de pays différents. Ils témoignent d’un besoin de réaffirmer une identité, voire d’en recréer une, par le lieu dans lequel ils vivent. 

Par Manon Coueslan

Quel peut être le rôle d’un designer dans l’éducation et notamment dans l’apprentissage de l’écriture à l’école?

L’apprentissage de l’écriture est une question ancienne.
Aujourd’hui de nombreuses initiatives sont prises pour innover en terme d’éducation, notamment par l’emploi de supports numériques.

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Prenons comme exemple le travail d’Eloïsa Perez qui interroge le rôle du design graphique dans la transmission des savoirs.
Ses travaux portent essentiellement sur l’étude des systèmes graphiques en usage dans les supports pédagogiques. Son dernier projet, Learning forms traite de l’acquisition de l’écriture en école maternelle. En observant les premiers gestes des enfants à l’école, la designer a développé des outils adaptés aux besoins qu’elle a identifié (formes à manipuler, puzzle, normographes). Ils permettent la compréhension des lettres capitales qui convoquent des éléments géométrie de base : courbe, droite. Ils donneront suite au développement d’une application -en partenariat avec le laboratoire en sciences cognitives et médias numériques de l’Ecole des Mines de Nancy- sur tablette avec laquelle les élèves pourront s’entrainer au tracé sur un nouveau support. L’application aura pour objectif d’enregistrer le tracé des élèves et de vérifier l’impact de l’écran sur l’apprentissage de l’écriture en le comparant avec un travail sur support imprimé.

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Ce projet montre l’intérêt que peut avoir le dialogue entre un enseignant et un designer, qui peut lui apporter un regard nouveau sur les méthodes pédagogiques.
Il questionne aussi la place du numérique à l’école et interroge l’avenir de l’éducation, notamment en terme de supports pédagogiques. 

En France, l’art est très important à l’école : la sensibilité, l’imagination, la création, le regard et le geste par le biais de dessins, compostions plastiques, observation et production d’images, font partie du programme de l’Education Nationale. Ainsi, la participation d’un designer peut aller dans cette idée d’amener l’art à l’école et pourrait également sensibiliser les élèves au design.

Il est intéressant d’observer 
les programmes pédagogiques d’autres pays. Par exemple, dernièrement, 45 états américains ont en partie exclu l’écriture en attaché de leur programme pour privilégier la maitrise du clavier d’ordinateur. De même, pour la rentrée 2016, la Finlande a décidé d’abandonner les cours de calligraphie en primaire au bénéfice de la dactylographie.

« Avoir de bonnes compétences dactylographiques est devenu d’importance nationale. Ce sera un bouleversement culturel majeur, mais savoir écrire avec un clavier est plus pertinent pour la vie quotidienne. »

En France, il semble que des changements de ce genre ne sont pas prêts d’arriver, Il existe un consensus, dans l’enseignement public comme privé, pour maintenir l’écriture cursive. 

« Je suis convaincue de l’importance de préserver un geste moteur dans l’acte d’acquisition des lettres, contrairement aux méthodes qui encouragent sa disparition au profit d’un apprentissage sur clavier. » Eloïsa Perez

Par Emma Rigoli