Dernière mise à jour le 7 février 2021 par LMD
Emoto est un outil interactif qui capture et visualise en temps réel les réactions et les flux d’émotions sur Twitter pendant les Jeux Olympiques de Londres en 2012. Il a été créé par l’artiste Moritz Stefaner et le studio NAND dans le cadre du festival FutureEverything de 2012, et le logiciel a été fourni par Lexalytics et fondé par l’Arts Council England et WE PLAY/Legacy Trus UK.
Cette collecte de données, recueillies à partir de 12,5 millions de tweets repérés par des mots clés liés aux émotions, a donné lieu à l’élaboration de Emoto Topic Explorer en collaboration avec le Data Science Laboratory de la fondation ISI. Cette page met en image les dimensions émotives, temporelles et spatiales des principaux sujets de conversation sur Twitter dans le monde pendant toute la durée des JO.
L’ensemble des données ont été archivées sous la forme d’une sculpture physique de données. Constituée de 17 bandes horizontales, elle représente chacun des jours des Jeux Olympiques. La hauteur des bandes varie dans le temps en fonction du nombre de tweet relatifs aux JO à chaque instants. Cette vue en 3 dimensions montre de façon ludique les variations de fréquence d’envois de messages sur toute la durée de l’évènement et permet de déceler facilement les moments les plus intenses. Un mapping interactif est projeté sur cette sculpture pour souligner les instants les plus intéressants décelés par emoto, et une molette offre à l’utilisateur le contrôle de ce mapping pour naviguer au sein de l’archive et lire des précisions sur ces moments clés. Cette sculpture est accompagnée de ce qu’ils ont nommé le « sentigraphe », qui est en fait une frise de 9,5 mètres, c’est une vue d’ensemble qui illustre l’humeur moyenne des spectateur dans le monde captée par emoto.
Le fait d’archiver et d’analyser l’ensemble des tweets relatifs aux Jeux Olympiques publiés dans le monde entier à chaque instant pendant l’évènement contraste avec l’abondance des publications éphémères en ligne. L’action de les marquer dans la matière semble cristalliser ces flux et sacraliser ces émotions, comme on pourrait graver un mot dans la pierre. Les variations de fréquence de publications sont immortalisées, ainsi que les évènements auxquels ces textes sont liés.
Cette mémoire collective disponible en ligne pourrait être un matériau très précieux pour les journalistes, les politiques et les économistes. L’étude de données circulant sur internet qui résulte du projet emoto prouve qu’internet brise les frontières et réduit les distances, puisqu’il est possible de visualiser des mouvements de foules simultanés par rapport au même sujet partout dans le monde. Il est toutefois nécessaire de remettre en cause la vérité de ces données puisqu’elles ne sont le reflet que d’une minorité (l’accès à Internet est inégal, et l’outil était programmé pour analyser des mots clés écrits en anglais), bien qu’elle tende à s’élargir. L’analyse de ces données ne peut donc pas être considérée comme un point de vue général de « ce que le monde pense », et emoto est finalement plus une expérience sur l’illustration des données numériques qu’un véritable outil statistique.
– Antoine DERRIEY –



