Dernière mise à jour le 7 février 2021 par LMD
Depuis que les hommes ont commencé à écrire, ils ont été confrontés à une surface vierge dans laquelle ils venaient y inscrire leurs mythes, leurs transactions financières, raconter leurs batailles… De la tablette d’argile au PDF il a toujours été question de remplir d’informations là où il n’y a que du vide. L’homme et son support d’écriture ont évolué au fil du temps : porté par un soucis de lisibilité, de croyances religieuses, d’idéaux esthétiques les hommes ont donc créé des systèmes leur permettant de regrouper des informations, les magnifier, inciter à la lecture, etc. Ceci à donc laissé place a deux « entités » dans une page, le blanc et le noir.
La question du blanc dans la page dépend du contexte dans lequel il s’inscrit. On a essayé de rationaliser la page avec le choix d’une répartition entre le blanc et les textes d’une manière purement mathématique : Le Canon de division harmonieuse conçu par Villard de Honnecourt au XIIIe se base sur le nombre d’or. Ceci rendra compte que la page n’est plus perçue comme un simple contenant pour la transmission des concepts, mais elle fait désormais partie des idées elles-mêmes.
Au Moyen-Âge, les textes religieux occidentaux étaient alors inscrits par les scribes dans la page sous forme d’une ou plusieurs colonnes entourées par des marges. La marge de grand fond est bien plus grande que les autres. Elle est d’une importance symbolique : les mains des lecteurs ne devaient en aucun cas toucher les écritures sacrées lors de la lecture comme dans la B42 de Gutenberg. De façon paradoxale, les marges médiévales comportaient parfois de nombreuses annotations laissant croire que le blanc devait déranger : gloses, commentaires de texte et notes tapissent la page, laissant très peu de place au blanc tournant.
Traditionnellement (en Occident du moins), la page est donc un espace ascétique ou lisibilité et géométrie sont les mots d’ordre. Les codes mis en place au fil des siècles sont devenus la norme. Mais la page est aussi un espace aux possibilités multiples. Elle offre un format qui, dénué de tous les canons de mise en page, peut être vu comme un toile attendant d’être peinte, sans règles du jeu. On peut faire l’analogie avec la musique, le compositeur travaille avec le positif (les notes de musique) et le négatif (le silence). Sans ce dernier la musique n’aurait de sens, il ne serait qu’un enchainement de notes sans rythme, et donc sans âme. C’est ce qui donne de l’expressivité à un morceau.
Par Augusto Garcia